Dans l’Express de ce jour, la journaliste Olivia Édouard s’entretient avis Oliver Lew, le Managing Director d’Eruption. Après avoir décroché une bourse pour étudier l’informatique à l’Université d’Oxford, Oliver est revenu au pays pour s’imposer comme une figure clé du secteur digital et du marketing.
Dans cet entretien exclusif, il livre un regard sans concession sur les réalités économiques de l’île. De la nécessité de réformer un système éducatif parfois trop axé sur le « par cÅ“ur » à l’urgence d’instaurer une véritable méritocratie, Oliver Lew partage sa vision pour une République de Maurice plus compétitive. Il nous parle de son parcours, de sa passion intacte pour les technologies de l’information et des secteurs d’avenir, tels que l’intelligence artificielle, qui pourraient redéfinir notre nation.
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🔴 Oliver Lew : «Les meilleures opportunités pour l’avenir du pays sont l’intelligence artificielle et l’économie bleue»
Lauréat du Collège Royal de Port-Louis, cuvée 1985 de la filière Sciences, Oliver Lew est aujourd’hui «Managing Director» d’Eruption, agence de communication et de marketing spécialisée dans le branding, le digital et le développement d’applications web. De retour à Maurice après ses études, il a choisi de mettre son expertise au service du pays. Du haut de son parcours alliant excellence académique, technologie et entrepreneuriat, il nous livre son regard sur l’économie, l’éducation et la valorisation des talents.
🔴 Comment votre parcours a-t-il évolué de 1985, quand vous avez été lauréat, jusqu’à aujourd’hui ?
Après mes études en Engineering and Computing Science à l’Université d’Oxford, je suis rentré à Maurice. J’ai travaillé en tant qu’ingénieur informatique pour quelques mois avant d’être recruté à la direction d’une société française qui créait un centre de production compo-gravure à Maurice. Quelques années plus tard, j’ai rejoint un grand groupe d’imprimerie français pour fonder et diriger leur filiale à Maurice qui opérait comme un centre de production délocalisé. En 2010, j’ai rejoint un conglomérat mauricien pour prendre la direction de leurs sociétés de services. En 2014, j’ai décidé de me lancer à mon propre compte en rejoignant Eruption, initialement en tant qu’associé en charge du Digital, avant d’en prendre la direction générale.
🔴 Avec le recul, que représente pour vous votre parcours académique et professionnel ?
J’ai eu un parcours académique intense à Maurice à cause de la compétition pour devenir lauréat. En rétrospective, je ne regrette pas les sacrifices auxquels j’ai consenti car mes résultats m’ont permis d’obtenir une bourse d’études de l’Université d’Oxford. Les quatre années passées là -bas m’ont permis de découvrir d’autres mondes, de vivre de nouvelles expériences et de me préparer pour le monde du travail. Basé à Maurice, mais travaillant essentiellement pour de grands comptes européens, j’ai pu progresser professionnellement et développer des compétences qui me permettent aujourd’hui d’évoluer avec confiance dans un secteur très concurrentiel qui change à vitesse grand V.
🔴 Comment vos expériences ont-elles influencé vos choix d’études et votre carrière ?
J’ai connu les débuts de la micro-informatique et cela m’a incité à faire carrière dans les TIC. Même si j’ai exercé des responsabilités managériales très jeune, j’ai toujours suivi de près les évolutions des technologies informatiques et je demeure passionné par la mise en application desdites technologies dans l’industrie.
🔴 Qu’est-ce qui a motivé votre choix de revenir à Maurice ?
Avant de quitter Oxford, j’avais postulé pour des jobs et j’avais eu une offre d’une boîte informatique. Malheureusement, ils n’ont pas pu obtenir un visa de travail pour moi et j’ai dû rentrer au pays, un peu contre mon gré, car je voulais gagner un peu d’expérience professionnelle en Europe avant de rentrer. Cependant, une fois revenu à Maurice, travaillant pour des groupes français, avec de fréquentes missions à l’international, j’ai vite compris que l’herbe n’est pas nécessairement plus verte ailleurs. J’ai déjà eu l’opportunité de prendre un job en Europe, mais j’ai préféré rester au pays.
🔴 Pensez-vous que Maurice valorise et exploite suffisamment le potentiel de ses meilleurs talents pour renforcer sa compétitivité économique ?
Quand on voit le nombre de jeunes qui préfèrent migrer vers d’autres cieux faute d’emplois adéquats à Maurice, force est de constater que ce n’est pas vraiment le cas.
🔴 Avec votre expérience, estimez-vous que le système éducatif mauricien prépare suffisamment les élèves aux réalités économiques ?
Il y a de sérieuses lacunes dans le système éducatif mauricien, que ce soit dans la préparation de l’étudiant qui va faire des études universitaires à l’étranger, ou qui s’apprête à intégrer le monde du travail. En général, on constate que les jeunes diplômés des universités publiques ont souvent du mal à accepter les contraintes d’un job.
🔴 Si vous aviez une réforme prioritaire à proposer pour renforcer le lien entre excellence académique et développement économique, laquelle serait-elle ?
Le système éducatif doit inculquer à l’étudiant les compétences utiles dans le monde du travail: comment comprendre et résoudre une problématique, comment gérer un projet dans le respect des délais, ou encore comment gérer les situations conflictuelles.
🔴 Comment transformer l’excellence académique et professionnelle en impact concret pour le pays ?
Il faut qu’il y ait plus de méritocratie dans la fonction publique et le secteur privé. Il est navrant de constater que les exercices de recrutement ou de promotion à Maurice ne sont pas toujours basés sur des critères avouables. L’État peut déjà commencer à garantir un emploi à tous les lauréats s’ils rentrent au pays, par exemple, au sein des nombreuses institutions d’État qui ont des Young Graduates Programmes. Pour les jeunes qui souhaitent se lancer dans l’entreprenariat, des mesures incitatives ou aides financières peuvent faire toute la différence. On devrait aussi réformer le système de nomination des ministres pour faire comme en France, où le Président peut confier des portefeuilles ministériels à des non-élus. On peut être un bon politicien, mais cela ne veut pas dire qu’on fera un bon ministre. En limitant les postes de ministres aux seuls élus, on fait du tort au pays.
🔴 Quel est votre regard sur l’économie actuelle du pays et, selon vous, quels secteurs offrent les meilleures opportunités pour l’avenir ?
L’économie va mal, parce qu’elle n’a pas été bien gérée pendant de nombreuses années. Selon moi, les meilleures opportunités pour l’avenir du pays sont l’intelligence artificielle et l’économie bleue. Le tourisme mauricien conserve un fort potentiel, à condition de se réinventer.
🔴 Aux jeunes brillants d’aujourd’hui, que leur conseilleriez-vous ?
N’abandonnez pas dès que vous rencontrez des obstacles. Il faut apprendre à discerner les situations où la persévérance est de mise. La République de Maurice a besoin de ses jeunes pour assurer l’avenir de la nation. Nous comptons sur vous.








